Enduro du Volcan 2025

CR Enduro du Volcan

Un enduro au volcan, ce n’était pas possible de ne pas y aller. Quand j’ai quitté l’île en 2012, il n’y avait pas d’enduro à proprement parler, juste des épreuves de mass start (Maxi Cap Ouest et Mégavalanche). La Méga de 2011 avait donné des idées (plus de format mass start pour les qualifications, mais un mini enduro), et le développement de l’enduro en Europe (Super Enduro) a été une bonne base d’impulsion : l’île ne pouvait y échapper. L’Enduro du Volcan est né dans les hauts de l’île.

L’Enduro du Volcan ne se déroule pas comme l’Enduro des Laves sur une coulée de lave, mais bien sur un sol volcanique avec une végétation de haute  montagne. C’est un enduro difficile, très technique et physique. Je crois même que c’est l’enduro le plus physique que j’ai jamais fait. L’épreuve se déroule sur une journée. La veille (samedi), les reconnaissances officielles. Je décide de jouer le jeu, reco la veille et le lendemain raceday.

Spéciale 1 :
Une spéciale longue de 4,18 km, la plus longue. Elle part sur le bord de la route pour descendre dans un goulet avec des rochers géants. Le sentier, raviné par la pluie et les randonneurs, est costaud : le dérailleur peut taper à tout moment, et tout autour du sentier, des fils barbelés prêts à vous déchiqueter en cas de chute. Perso, j’ai eu du mal à me lâcher, je suis resté sur la retenue tout le longe en particulier sur cette portion ou il est facile de prendre de la vitesse, mais facile de se prendre une tôle.

 Une fois cela fait, il reste la partie single bien cassée, avec des relances et des bosses partout. Il y a même des coups de coup vraiment costaud qui nécessite parfois de pousser le vélo tout en courant pour ne pas perdre trop de temps. Cardio is cardio, je suis dans le rouge. La respiration se fait forte et pressante. Et derrière les bosses, des marches : il ne faut pas avoir peur d’entendre son cadre taper, frotter, idem pour la couronne et la chaîne car ça frotte de partout. Après ça, une grosse section de virages en pente légère, où il est bon de relancer avant de couler dans un bois et une série de pif-paf bien dense, où il est possible de prendre de beaux appuis. Le finish se fait en bas de la route, sous un kiosque. Mon chrono est plutôt bon : je termine 23e/100, ce qui est de bon augure pour la suite de l’épreuve.

Spéciale 2 :
Il faut remonter, la liaison se fait par la route, ça se monte bien. Au train, tranquillement, sans se mettre dans le rouge. Sur cette spéciale, exclusivement en pente, il faut aimer la pente forte, les dévers et les marches dans la pente. À noter que c’est LA piste la plus pentue de La Réunion. C’est court, mais c’est pentu. Il y a deux murs à passer. L’échappatoire est un vrai échappatoire, qui demande de faire un grand détour et donc de perdre du temps. C’est ici qu’il y a le plus de monde sur le bord de la piste, et c’est également ici que je vais signer mon meilleur temps de la journée. Non seulement la piste est tricky, piégeuse, engagée, mais la pente bien raide donne une touche EWS vraiment appréciable. Il y a des murs à plus de 40 %, avec des racines, des roches et du dévers par endroits, et même des marches qu’il faut impérativement sauter sous peine de frotter. Le frein avant est à éviter autant que possible. Les chutes sont nombreuses. Je ne sais pas si c’est l’expérience ou le fait que j’aime ce type de terrain, mais j’ai apprécié cette spéciale. La fin se solde par un saut de route assez impressionnant, mais qui, in fine, se saute bien : 2,30 m de hauteur. Mon atterrissage a été sale, mais ça passe. La terre meuble et humide amortit bien, pas de talonnage, je suis content. Sur ce run, je signe une belle 13e place scratch. Pas mal, l’ancien… Ce qui me permet de me classer dans le top 20. On y croit ! Encore deux spéciales…

La liaison se fait encore à la pédale, du bonheur de rouler sur cette route du volcan, tranquille, avec une petite brume… C’est un autre monde. On se croirait dans le Cantal.

Spéciale 3 :
Une spéciale « plate », avec une pente légère, du pédalage et des relances. Il y a moyen de couper un peu partout en théorie. Sur le papier, c’est sur ce genre de spéciale que je devrais pouvoir tirer mon épingle du jeu, car je me sais « physique » face à la concurrence… Les pilotes s’élancent, toujours dans l’ordre des plaques, toutes les 1 minute. Plaque 24, j’attends mon tour. Quand vient mon tour, c’est le moment de tout donner. La première partie est un sentier piéton, avec des fougères. Rien de bien compliqué, il faut juste bien se placer et éviter la rigole du milieu pour ne pas se retrouver coincé dans l’ornière et donc devoir prendre le risque d’en sortir et de chuter, ce que je réussis plutôt bien. Là où ça va se gâter, c’est après : virage à plat avec pierres et gravillons. Ça descend progressivement, pas d’alerte, je tente de conserver de la vitesse et de ne pas trop freiner tout en relançant dignement. Je trouve la spéciale un peu longue, mais j’avance plutôt bien. J’aperçois le concurrent devant moi, il a un virage de plus que moi. Je me rapproche, il est fatigué, je l’alerte de mon arrivée, il freine et me laisse passer.

L’arrivée est désormais à 500 m… Je pédale… Ouf, c’est fini. P27 sur cette spéciale, je suis « dégoûté ». Je pensais avoir bien roulé et j’étais content de rattraper le concurrent de devant. En fait, non : il était à la ramasse, et moi aussi. Le premier me met 39 secondes dans la vue, c’est énorme. Sur 3 spéciales, il a déjà 1 minute 31 d’avance sur moi… Pour le moment, je suis 21e, aux portes du top 20. 

Spéciale 4, la dernière :
Une dernière spéciale dite forestière, avec une partie de prairie, très rapide. C’est ma dernière chance de faire un top 20. Cette spéciale est particulière, car elle est courte mais brutale. Elle demande un effort soutenu. À la base, c’est une ancienne piste de descente : 2 km, -376 m de dénivelé. Je suis un peu stressé, sans savoir pourquoi. J’essaie de ne pas penser à ma chute de la veille sur cette piste malveillante. Malveillante, car les sauts sont à l’aveugle, on ne voit pas l’atterrissage, qui est hasardeux. Il ne faut pas non plus être trop court, pour ne pas taper dans les trous en dessous des sauts. Les petites passerelles sont vieilles, glissantes et surtout petites. Je sais que les descendeurs la connaissent par cœur. Je vais faire de mon mieux. Ma sœur est également là, elle m’attend pour me voir… Pression, pression. Il commence à pleuvoir, une pluie fine qui change l’ambiance. Le terrain se gorge d’eau et des flaques sont présentes avant le départ. Je décide de réadapter mes réglages, histoire de gagner en grip et surtout de ne pas me mettre au tas. Je n’ai pas de k-way. Tant pis, on y va comme ça. Mon tour arrive. Je m’élance : premier virage à droite, puis à gauche, puis relance de malade, je suis dans le rythme. Gros coup de frein, dérapage à droite. Premier saut : youhou, je le passe nickel, j’enchaîne les successions de marches, j’arrive dans le goulet… Merde, mauvais placement de train arrière, je suis passif des yeux, j’engage mal, je freine trop, je dois relancer comme un bourrin. Je pédale dans les parties techniques, la suspension n’est pas top et n’absorbe pas comme il faut entre mon pédalage et le terrain défoncé, le vélo n’avance pas. J’arrive dans le dernier goulet, je n’arrive pas bien à me lâcher et à poser mon regard au loin. La pluie me gêne, la boue aussi. Je continue ma poursuite, j’essaie de poser mes roues sur les parties en herbe et de prendre un max de cuts dans les virages. J’arrive dans la forêt, gros dévers, j’aperçois le concurrent devant moi, il chute dans le virage en épingle. Je vais me la jouer safe : blocage de la roue arrière, coude à l’avant, coup de rein à droite, mon vélo glisse, je passe sans perdre trop de vitesse. Je relance, c’est plat, puis légère pente, le paysage défile à toute vitesse. Je suis moins lucide, j’ai les doigts sur la gâchette de frein, prêt à toute éventualité. L’arrivée n’est pas loin, je tente de miser sur un bon pédalage, mais le terrain ne me le permet pas correctement. Je décide donc de me lancer dans un pompage intense pour ne pas perdre trop de vitesse et chercher à la conserver… Ouf, c’est enfin fini. Je peux souffler. Je n’ai même pas vu ma sœur (elle m’a bien vu, mais n’a pas réussi à me prendre en photo).

Au final, P29 sur cette spéciale et P23 au général (scratch). Ça faisait longtemps, je suis content, c’est de bon augure pour la suite.

Je termine 3e chez les plus de 35 ans : j’aurai droit à une petite coupe et des goodies (pneus Maxxis et des gants). Ça aussi, il faut en parler : toute ma vie, j’ai rencontré des concurrents meilleurs que moi. Les mêmes qui étaient devant moi en junior sont encore devant moi en Master 1… Pourtant, je m’entraîne un peu, mais pas comme il faut, c’est vrai (je ne roule plus assez de terrain technique…et je fais tres peu d’exercice dédié au vélo.Je roule 100% plaisir meme si parfois, j’ai envie de bien faire… Bon, à part ça, j’ai beaucoup aimé cet enduro : rouler dans un endroit atypique, avec des spéciales de tous niveaux et au chaud, c’est agréable.

Valére

 

Retour en haut