La Traversée de la Creuse en VTT : quatre jours, une bande de copains, et l’appel du large
Du 14 au 17 juin 2026
Deux ans. Deux ans que je n’avais pas chaussé les cales pour une itinérance, deux ans loin du club, à sentir cette ambiance me manquer sans jamais oser franchir le pas. J’ai même failli renoncer, persuadée que je n’y arriverais pas : entre le boulot, la famille et mes multiples casquettes du quotidien, j’avais un peu décroché de ce genre de défi, et l’idée de repartir sur quatre jours d’itinérance me semblait presque hors de portée. Puis il y a eu ce vélo tout neuf, offert par mon chéri. Pas question qu’il prenne la poussière : je continuais bien à rouler chaque dimanche, mais toujours sur les mêmes sentiers, dans cette routine confortable et un peu trop sage. Ce qu’il me fallait, c’était un vrai challenge, un objectif qui sorte de l’ordinaire pour cette année. Plus aucune excuse. Il était temps de repartir à l’assaut des chemins, avec une bande de copains partants pour quatre jours et près de 200 km à travers la Creuse — l’une des régions les plus sauvages et les plus belles de France pour le VTT. Dans le lot, Antony et Christophe, toujours prêts à mettre l’ambiance, allaient veiller à ce qu’on ne s’ennuie jamais.
L’organisation, elle, était entre les mains expertes de Victor, aux petits oignons comme toujours. Mais quelques jours avant le départ, la météo a jeté un froid : pluie annoncée, inquiétude générale, sacs à dos qu’on refait trois fois en se demandant s’il faut prendre la veste imperméable ou pas. Finalement, le ciel nous a épargnés. La chance sourit aux audacieux, paraît-il.
Jour 1 — Saint-Goussaud, 46 km / 1300 m D+ — Le grand saut
Premier soir d’accueil dans un manoir hors du temps, aussi charmant qu’écologique, où les toilettes sèches ont réservé une expérience… mémorable à certains d’entre nous — on ne dira pas qui. Notre hôte nous a offert un festin autour de la châtaigne, reine incontestée de la Creuse, un dîner généreux qui a scellé le pacte : demain, on grimpe.
Au petit matin, le froid mord — 7°C, brume sur les collines — mais on enfile le coupe-vent et on part en sifflotant, portés par l’excitation du premier vrai jour de selle. 46 km, 1300 m de dénivelé positif : le programme ne fait pas de cadeau, mais les jambes répondent et le moral est au zénith. La forêt se referme sur nous, dense, verdoyante, ponctuée du chant des ruisseaux qu’on longe ou qu’on traverse à gué. Les « têtes brûlées » du groupe carburent déjà à l’euphorie. On termine la journée épuisés mais électrisés, direction un gîte des pèlerins pour une nuit bien méritée.
Jour 2 — Saint-Goussaud → Saint-Christophe, 58 km / 980 m D+ — Le rythme de croisière
L’euphorie du premier jour laisse place à quelque chose de plus posé, mais tout aussi solide : la motivation de groupe, celle qui tient sur la durée. Les discussions s’enchaînent au fil du tracé, plutôt roulant aujourd’hui, et les kilomètres défilent sans qu’on les voie passer. Valère, lui, a trouvé sa mission : photographe officiel de l’expédition. Sauf qu’il roule tellement vite qu’il a le temps de nous attendre à chaque tronçon, appareil à la main, pour immortaliser la troupe qui peine à le rattraper. Mdr.
Le soir, on débarque dans un gîte en rondins de bois digne d’un décor de conte, aussi atypique que dépaysant. Direction les courses… à vélo, en théorie. Mais Fred, en fin négociateur, réussit l’exploit de convaincre une habitante du coin de nous embarquer en voiture. Pendant que certains s’activent, d’autres plongent dans un bain nordique fumant, pendant que la nuit tombe doucement sur les bois — moment suspendu, réparateur, presque irréel. La plupart des copains filent se coucher tôt. Moi, impossible : entre l’ivresse de l’aventure et des cuisses qui commencent tout juste à chauffer, le sommeil attendra.
Jour 3 — Saint-Christophe → Guéret, 65 km / 1215 m D+ — L’épreuve
C’est le jour où tout se joue. La fatigue, accumulée depuis deux jours, s’installe pour de bon dans les jambes. Le tracé se corse aussi : on passe par le circuit XCO de la Coupe de France, un vrai terrain de jeu technique — virages relevés, racines, pierriers qui secouent sec — heureusement que j’ai un bon vélo sous les fesses pour encaisser ça ! Les « têtes brûlées » du groupe jubilent, déjà motivées à revenir arpenter ce circuit rien que pour le plaisir. Dans les passages les plus durs, ce sont les encouragements des copains qui font la différence : un mot, un cri, une main tendue, et on retrouve l’énergie pour passer le cap. Tant que le moral tient bon, la machine avance. Jérôme, stratège du groupe, propose de scinder le parcours en deux pour épargner les organismes fatigués — sagesse collective. Un seul refuse le compromis : Valère, décidément infatigable, avale l’intégralité des 65 km en solo, à vitesse record, « les doigts dans le nez ». Le champion incontesté du séjour.
Le soir, étape réconfort dans un hôtel de style alsacien, où la patronne nous prépare de bons petits plats maison. Après une telle dépense d’énergie, chacun retrouve autour de la table ce dont il a besoin : chaleur, calories, et la satisfaction d’avoir tenu.
Jour 4 — Retour, 25 km — La dernière ligne
Seulement 25 km au programme, mais le corps ne suit plus. Trois jours d’effort ont laissé des traces, et le moindre coup de pédale fait brûler les cuisses. On roule plus lentement, on savoure davantage, on sait que c’est la dernière matinée sur les chemins de Creuse. Une belle façon, presque contemplative, de refermer cette parenthèse d’aventure.
Seule fille au milieu de cette bande de gars, je n’ai à aucun moment ressenti de gêne — bien au contraire. Je suis même sacrément fière d’avoir tenu ces quatre jours d’itinérance aux côtés de ces solides gaillards, et j’espère que ce récit donnera envie à d’autres VTTistes féminines de sauter le pas. Franchement, foncez : la place est aussi la vôtre sur ces chemins !
Quatre jours, environ 195 km, plus de 3 500 m de dénivelé positif escaladés à la force des mollets — et surtout, une avalanche de souvenirs : la châtaigne creusoise, les toilettes sèches so mémorables, le bain nordique réparateur, les talents de négociateur de Fred, les débats interminables sur le matos de vélo (j’y comprends toujours rien, mais j’écoute, et j’apprends), l’exploit solo de Valère et ses centaines de photos volées à la course, les fous rires avec Antony et Christophe, la forêt enchanteresse et ses ruisseaux chantants, et ce bon bol d’air frais qu’on ne trouve qu’en itinérance.
Au-delà des chiffres, c’est bien ce cocktail-là qui rend ces sorties inoubliables : le sport, la convivialité, la gourmandise, la camaraderie. Sur les chemins comme aux étapes, on prend soin les uns des autres, on partage l’effort autant que les bonnes tables, on rit des petites galères et on savoure ensemble chaque paysage conquis. C’est exactement cet état d’esprit qui fait l’âme du CCB — et qui donne, déjà, une folle envie de repartir.
Merci à Victor pour l’organisation sans faille, et à toute la bande pour ces quatre jours gravés dans les mollets et dans le cœur. La prochaine aventure nous attend déjà quelque part sur la carte.
Jingjing.

