Le Giro IDF

Le Giro, véritable tour de l’Italie.

Samedi 3 Octobre 2026. On ne le sait pas encore à l’aube du départ, mais il va faire très beau sur ce Tour de la botte italienne, minutieusement tracé par nos amis des Essarts le Roi, charmante cité des Yvelines. Nous sommes nombreux dès 7 heures du matin à attendre que les fauves soient lâchés sur ce deuxième Giro de l’AGSE et, je vais tenter ici de vous délivrer un récit assez intime qui pourrait vous donner l’envie d’y participer l’an prochain.

Je vais donc, bien modestement, vous décrire ma course. Je sais bien que vous ne serez pas trop critique, vous, barjots du CCB, qui êtes arrivés au bout des 200 kilomètres, des lustres avant moi, plus beaux, bien plus frais même si vous aviez rejoint le départ, dans la nuit noire et glacée, à la force des mollets. Mais trêve de gentillesse, c’est l’heure du récit…

Frigorifié, c’est le mot qui me vient à l’esprit quand je repense au début de cette grande aventure. En effet, j’attends en vain depuis des heures, en réalité une vingtaine de minutes, mes deux copains et j’ai froid, bien plus que froid même, je gèle de l’intérieur si cela est possible. C’est ma faute, j’ai mal évalué la température de ce petit matin frileux, et vêtu comme au mois d’aout, je me transforme peu à peu en un glaçon débile et furieux. J’ai pensé partir seul ou avec les champions du CCB mais je me tiens, solitaire désormais, devant l’entrée des inscriptions. Ce Giro commence très bien. Il doit faire 5 ou 6 degrés, je me dirige vers ma voiture pour m’y réfugier mais miracle, je me retourne et ils sont là, tous les deux, frais et souriants. Ils m’attendaient au chaud dans l’espèce de gymnase qui sert aujourd’hui de club-house. Je les déteste, je les maudis en silence, cela va de soi.

Cette colère, bénéfique, me réchauffe suffisamment pour pouvoir vous les présenter. Le plus âgé, le plus grand aussi sur son vélo en titane de la marque Sauvage, c’est Vincent, mon pote depuis nos débuts au club de triathlon de Saint Rémy Les Chevreuse. Il s’est inscrit au Giro parce que je lui ai demandé de m’y accompagner comme l’an dernier, c’est assez touchant non ?

Le plus jeune, bien plus jeune, c’est Florian. Je le connais pour avoir roulé avec lui sur le Tour de L’Essonne, la Muco et peut-être aussi la Jean Racine. Il a bouclé un BRM 600 kilomètres il y a juste quinze jours mais il a brisé son beau vélo en titane, encore un. Son mulet, vieux destrier à patins devra faire l’affaire, nous décollons peu avant huit heures. Enfin, décoller est un bien grand mot, je grelotte, j’ai la peau d’une poule qui affronte un hiver précoce mais les jambes et le vélo obéissent quand même, ils n’ont que faire de ses considérations. Pourtant, et c’est un leitmotiv mais il ne fait vraiment pas chaud dans cette campagne environnante, dans ces champs à perte de vue. Tout cela est très beau mais je n’apprécie que modérément, mes compagnons sont joyeux, ils se faufilent dans différents groupes mais comme je ne parviens pas à freiner, je n’ai, bien sûr, pas de gants, je ne peux que les envier tout en me laissant distancer…

Cependant, tout va aller de mieux en mieux grâce en partie à de longs faux plats. Je me force à les aborder en tête et, impression sublime, la chaleur revient comme une amie fidèle. Dans ses pentes traitresses, nous doublons des dizaines de forçats qui moulinent quasi désespérément bien que le vent soit totalement absent, il se lèvera plus tard mais c’est une autre histoire. Nous poursuivons sur une route bordée d’étendues immenses aux cultures indéfinies qui succèdent à de minuscules villages dont les habitants, parfois nous saluent. Il faut dire, si ce n’est déjà fait, que Florian arbore un élégant maillot rose à manches longues, comme un hommage au leader du véritable Tour d’Italie.

Nous sommes en Eure et Loir et c’est le premier contrôle. Il y a la queue pour faire tamponner son carnet, ce Giro est aussi un Brevet de Randonneurs qualificatif pour le Paris Brest Paris 2027. On nous accueille avec calme et gentillesse dans un petit bar tabac. Certains prennent un café, Olivier a dû s’assoir ici il y a quelque temps, la boulangerie est toute proche, d’autres se repaissent de viennoiseries, c’est une fête improvisée, les vélos attendent patiemment. Nous avons déjà parcouru 50 kilomètres. Ils sont passés fort vite comme la famille Pinto qui nous a dépassés dans un souffle, nous pauvres mortels, juchés qu’ils étaient sur de beaux destriers bien plus vaillants que les nôtres. Vous vous doutez bien que nous ne les avons jamais revus… Les trente bornes qui suivent sont avalée à plus de 30 à l’heure, la randonnée se transforme en cyclosportive, c’est fort agréable, nous doublons sans arrêt.

Et nous entrons enfin dans le département des Yvelines. Cela représente pour moi, une libération, un début d’extase, le centième kilomètre se rapproche à grands pas. Comme point d’orgue au retour dans nos terres, nous filons à belle allure dans la forêt de Rambouillet par les chemins de traverse. De courtes bosses succèdent à de sympathiques descentes, un véritable bonheur de cyclistes. D’ailleurs, illustrant ce propos, de grands gaillards sur des machines bien chères nous grillent en sprintant dans les montées comme si elles n’existaient pas. Ils le paieront un peu plus tard et nous parviendrons bien avant eux dans la cité des rois. Rambouillet, les automobilistes n’y sont, comme ailleurs, pas très conciliants et une dame énervée, je pense, me coince à l’entrée du premier rond-point. Mes amis ne se sont rendu compte de rien et je dois partir en chasse dès la sortie de la ville dans la longue ligne droite que tous les cyclistes du monde ont déjà empruntée. Ce n’est pas si facile mais tout rentre assez rapidement dans l’ordre car ils ont ralenti. L’an dernier, Vincent avait craqué peu après le ravitaillement. Aujourd’hui, la prudence est de mise et, après quelques encablures et une belle descente, nous atterrissons sur la grande place de Clairefontaine, bastion du foot français, qui s’est transformée en ce jour en cité de la bicyclette en folie. Des vélos, il y en a partout, des randonneurs, des champions qui repartent en sens inverses, des touristes en électriques, un monde de vélos. Les uns se ruent vers les tables aux tampons, pour mieux dévaliser ensuite la boulangerie, qui fait son chiffre de l’année, je n’ironise même pas. Les autres nous regardent, étonnés par ses gens étranges qui réclament du sucre, encore plus de sucre. Je prends trois pains au chocolat que je partagerai avec mes amis, il n’y a pas de flan, c’est un complot, une honte, tant pis. Mes compères se contentent de sandwichs , nous trouvons une table et des chaises, la vie est très belle. Le soleil est au rendez-vous. Alexis est assis sur un muret, un peu plus loin. Il se restaure pour repartir seul, remake de l’an dernier.

Quant à moi, je sais désormais que je vais terminer ce BRM. Mes amis aux grosses cuisses, qui se sont révélés gros rouleurs dans la première partie de ce périple, ont mangé leur pain blanc. Car, juste avant de traverser le Val Saint Germain, nous allons tourner à droite pour escalader la première véritable côte du parcours. Je parle, bien sûr, de celle des Loges et, pour les non-grimpeurs, ce sont les prémisses de l’enfer avec plus de 1000 de dénivelé positif en moins de soixante kilomètres. C’est une petite étape de montagne et cela représente le talon de la botte qu’il nous faut dessiner. J’attends mes compagnons au sommet puis nous nous glissons dans un petit groupe de vététistes de Gif déguisés en routiers et qui ne plaisantent pas sur le plat. Nous descendons la bosse de Marchais, pour monter, en face, ensuite.

J’aime bien ces instants mais cela ne va pas durer… En effet, sur la route en direction de Boutervilliers et face au vent qui ne plaisante plus, ce groupe s’avère composé de vilains garçons : Ils ont décidé, sans doute, de ne pas attendre la seule fille de la bande et les pauvres petits gars qui ne parviennent pas à suivre et c’est là que mon instinct de Golden Retriever prend le dessus. Moment frimeur : par deux fois, je ramène les infortunés. Mais le vent n’est pas mon ami et ces différentes tentatives m’épuisent aussi dois-je bientôt rendre malgré tout, les armes. Mais, ma modestie n’en souffre pas, je les reprendrai tous les méchants dans la côte de Souzy la Briche, sans un mot, sans un regard même si c’est quelque peu puéril. Nous finirons avant eux et, comble de l’ironie, la fille perdue dans la pampa aussi…

Le prochain contrôle se tient dans le centre-ville de Saint Chéron, après avoir slalomé dans un petit chemin qui m’avait vu chuter l’an dernier. Il nous faut monter la bosse ensuite puis descendre, à toute vitesse dans une sorte d’ivresse, jusqu’au Marais, grimper à Saint Maurice, ce qui n’est pas très difficile, descendre, de nouveau, vers Breuillet, escalader la Boissière, descendre encore vers la gare, puis souffrir deux minutes dans le petit mur de Saint Yon. Par moment, on peut avoir l’impression de revenir en arrière.

Et soudain, la montagne prend fin. Nous faisons du tourisme tout en visitant Briis, puis Forges les Bains et enfin Limours. Tout va bien, il ne reste qu’une trentaine de kilomètres. Vincent a abandonné Florian qui cherchait désespérément de l’eau. Il n’a pas souhaité l’attendre car nous avons une demiheure d’avance sur le chrono de l’année dernière. Je ne suis pas d’accord et je me retourne souvent mais je ne vois rien venir. Ce serait hypocrite de dire que je n’ai pas roulé ensuite surtout dans les Vaux de Cernay. Je patiente assez longtemps à l’entrée d’Auffargis, mon ami a bien mal aux cuisses, pas moi, les barres et les gels font des miracles. Le retour est très simple, il n’y a plus aucune bosse à l’horizon, je félicite Vincent pour les 27 km/heure de moyenne quand une grande fatigue m’envahit mais est-ce vraiment de la fatigue ? Plutôt une certaine mélancolie car, dans quelques centaines de mètres, tout va s’arrêter mais ce n’est pas tout à fait ça non plus, je ne peux pas vraiment le définir, aidez-moi…

Cependant, l’arrivée est une délivrance. Malheureusement, après tant de gels et de barres, justement, je n’ai goût à rien, et surtout pas au merveilleux sandwich au camembert gentiment offert par une charmante petite dame. Je rejette aussi la boisson gazeuse, je suis heureux avec ma petite médaille, c’est suffisant. Florian arrive, Alexis aussi, tout se termine donc très bien. Je ne verrai pas la bande du CCB, ils seront repartis en vélo, tels des héros des temps modernes, bravo.
PS : Je tiens à remercier mes deux compagnons de route qui m’ont attendu, eux aussi, quand je jouais au Saint Bernard avec les gens de Gif et, je sais que sans eux qui ont tenu le rythme sur le plat, je ne serais pas parvenu au but dans de si bonnes conditions. Merci donc.

Philippe,

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