
Megavalanche la Réunion
Saint-Paul – 23 novembre 2025
Les Qualifications : Une plaque inattendue
Pour cette édition 2025, j’hérite d’une plaque « hors norme » : le numéro 26. Une première pour moi, habitué aux plaques à trois chiffres des années précédentes. Pourtant, comme à mon habitude, je me suis inscrit dans les derniers. La météo ne sera pas clémente, mais c’est une bonne nouvelle : le pilotage et la technique seront rois. L’occasion idéale pour me dépasser sur ce terrain hostile et tout donner pour une qualification solide.
J’ai eu la chance de participer aux reconnaissances avec Lucas Frigout, Alex Rudeau, Maël Feron, Antoine Taillefer, Olivier Lebeau et Quentin Barbe. Un immense merci à Olivier L. et au père de Quentin B. pour les navettes et leur accueil. Pour la première fois en 20 ans, mon père n’a pas pu m’accompagner au sommet de l’île. Il y a un temps pour tout… Ces reconnaissances ont confirmé une évidence : il y a les pros, et il y a nous. Mais rouler avec des pilotes plus rapides, c’est une école. On y apprend les trajectoires, les réglages, la préparation physique et mentale. Une expérience formatrice, même si l’écart de niveau est flagrant.
Spéciale 1 : Le baptême du feu
Mon binôme ? Lenclume J., champion de La Réunion en XC, habitué aux top 15 de la Méga. Autant dire que la pression est là. Avec ma plaque 26 contre sa 27, je lui laisse l’initiative du départ. « Vas-y, je te suis », lui dis-je, conscient de son explosivité. À ses yeux, je ne suis qu’un inconnu : 15 ans d’écart, une carrière pro loin de La Réunion ou j’ai « construit ma vie ». Moi, je le connais plutôt bien : ses résultats en Coupe de France, sa domination locale, ses top 15 réguliers à la Méga. C’est un bon.
Top départ. Il s’élance, puissant, mais le premier virage sur dalle humide le fait déclipser. Je reste dans sa roue, confiant. Mon vélo accroche bien, et je me sens en phase. « Tu veux passer devant ? », me propose-t-il. « Non, ça va », mens-je. En réalité, je pourrais, mais je préfère observer.
Les sauts, les virages à plat, les portions techniques : je tiens le rythme, collé à lui. Jusqu’à la chute. Une racine, un bunny up raté, et me voilà projeté en 180°. Je me relève en un éclair, mais il a déjà creusé l’écart. Paniqué, je force, glisse, commets des erreurs. Résultat : 10:30 contre 10:03 pour lui. Un gouffre.
Liaison 2 : Un mot qui booste
Entre les spéciales, une longue liaison routière. Je croise un ami d’enfance, désormais revendeur de vélos (Pivot, Norco, CTM…). « C’est un carnage, me dit-il. Difficile de tenir le guidon. » « Si c’est dur pour toi, imagine pour moi… », lui réponds-je. « Si tu es là, ce n’est pas un hasard, vieux. » Ces mots me redonnent un coup de fouet.
Spéciale 2 : La terre miroir et la revanche
Un sentier de canne à sucre, une terre glissante à souhait, des sillons, des pierres, des tiges de canne tranchantes. La spéciale la plus rapide, où les plus physiques creusent l’écart. Mon objectif : ne pas lâcher Lenclume. Je le laisse passer, et nous plongeons dans l’enfer boueux, glissant. Mon appréhension était fondée, mais mon vélo, long et stable, me permet de suivre. Il relance, je pédale, je souris. « Nan, vas-y ! », lui dis-je dans un virage serré. Il accélère, je m’accroche. 16e contre 12e pour lui, à 1 seconde et 13 centièmes. Une victoire morale.
Liaison 3 : Le calme avant la tempête
La pluie a cessé, mais les nuages restent menaçants. Le terrain est détrempé, lourd. Mon casque de DH, mal ventilé, me fait suffoquer. Je roule tranquillement, économisant mes forces.
À l’arrivée de la spéciale 3, un verre de coca et des encouragements des organisateurs. « Encore sous la pédale », me dis-je. Mais une erreur : j’ai regonflé mes pneus. Le terrain est piégeux et surtout glissant. Ça va me coûter cher.
Spéciale 3 : La chute et la remontée
Dernière spéciale avant la course du dimanche. Je pars devant mon binome car j’ai confiance. Mais dès le premier saut, j’atterris dans les pierres, glisse, tombe. Lenclume me double. Je me relève, mais mon genou et mon bras gauche ont morflé. Je pédale, instable, glissant sans cesse. 7 secondes de retard à l’arrivée.
30e au scratch en ligne C. Une performance inattendue, mais la pluie annoncée pour la nuit me rappelle que demain sera un autre combat.
Le Jour J : Race Day… ou Mud Day
C’est ma sœur qui m’amène au sommet. Elle conduit bien, connaît le trajet par cœur. Tout se passe sans encombre. Elle me dépose et s’en va. « Bonne chance », me lance-t-elle. Rien ne sert de traîner.
La pression est là. Cette pression de la plaque, de la lettre, de ce petit bout de papier qui te rappelle que tu n’es peut-être pas à ta place. In fine, qui es-tu ? Un expatrié depuis 15 ans, en métropole, qui ne revient qu’une fois par an sur l’île pour rouler avec ceux qui, comme toi, voient leurs partenaires de jeu s’effriter avec le temps. Il y a beaucoup de jeunes, et c’est tant mieux. Le niveau n’a jamais été aussi relevé. Être encore là aujourd’hui, parmi les meilleurs, c’est un privilège.
Je m’échauffe paisiblement avant l’appel. Le speaker prend la parole. C’est l’heure. D’abord les lettres A : Pigeon, Rudeau, Payet(s), Barbe, Frigout, Feron… À chaque nom, des applaudissements. Puis les B : mon binôme Lenclume est sur cette ligne, entouré d’autres comme lui et de quelques anciens. Enfin, les C. Un grand nom du VTT réunionnais : Pascal Yen Pon, le seul Réunionnais à avoir gagné la Méga, sur un Yeti SB160. Et pour clore cette ligne C, mon nom. « Il nous vient tout droit de la capitale, Paris ! » Ah ah. C’est marrant d’être cité comme représentant de Paris plutôt que de La Réunion, mais c’est vrai : sur mon inscription, c’est l’adresse rue de Charonne qui apparaît.
Je suis à deux roues des meilleurs. J’ai moyen. J’ai moyen… Stressé et tendu à la fois. Mon cœur bat à 90 bpm au repos. Il faut me détendre. La pression est énorme, car je sais qu’il y a des gens derrière moi qui pourraient être devant, mais qui, pour X raisons, n’ont pas pu. Je dois assurer ma place. Je dois tout faire pour faire aussi bien que l’an dernier.
Mentalement, je redoute la nouvelle portion « tec tec », hyper-technique et physique. La pression monte d’un cran quand le speaker annonce : « Départ dans 5 minutes. » Rappel des consignes. Tout le monde a un pied à terre. Pas de musique Alarma cette année pour le départ, mais un autre son. Le bruit des drones au-dessus de nos têtes, le silence, les grosses inspirations, expirations… Le brouillard monte progressivement en toile de fond sous un ciel gris.
Le speaker annonce : « 10 secondes… 9 secondes… 3 secondes… GOGOGO ! »
Je pédale comme un dément. Bruit des freins humides, des « attentions ». Je me faufile, prends l’intérieur, inspire, et pédale pour couler dans les laves. Je m’en sors ultra-bien. Je suis dans les 20 premiers. Je reconnais mon binôme et deux-trois autres de la ligne B. Yes ! Maintenant, il faut tenir.
Je sors sur la route galvanisée, alerte. Tout peut arriver à ce niveau. Pas de pitié sur la remontée. Je double deux concurrents, puis j’arrive dans le goulet. C’est ici que je vais devoir me lâcher. Premier virage, ça va. J’essaie de suivre ce qu’il y a devant moi. Le type prend des lignes de malade. Ce n’est pas moi. Ce n’est pas mon niveau. J’ai la pression devant, mais aussi et surtout de derrière. Je m’écarte, le type passe. Je colle sa roue. Ça va trop vite. Je suis à 110 %. Je ne vais pas tenir. Ma respiration est forte, je suis confu. Dans les laves, ma roue avant et arrière tapent de partout, mais il en va de même pour les concurrents. C’est rassurant.
Arrivé dans la partie en forêt, je m’en sors bien. Je tiens le rythme. J’ai une bonne caisse malgré tout. Je relance bien, sans difficulté. In fine, ça va moins vite qu’il n’y paraît. Je me permets un « Attention à gauche ! » et double le concurrent devant moi en passant à l’aveugle sur un talus. Une place, c’est une place. Merde, si après je me fais doubler… Pas d’embouteillage, c’est fluide.
Gros coup de cul. Je pédale, craque. Ma chaîne se bloque. Je force, elle se coince. Le galet de mon renvoi de chaîne se casse. Je reste bloqué. Je me mets rapidement sur le côté, inspecte rapidement , tente de débloquer à la main en tirant. Nan trop risqué. Trop tard. Il faut démonter. Multi-tool dans la poche. On fait ça vite et bien. Les concurrents me doublent en masse. Je suis dégoûté.
Je remonte sur le vélo. La chaîne frotte, déraille. Non, il faut enlever la vis aussi. Grrr. J’enlève la vis. Plus personne. Je pars bon dernier.
J’essaie de me relancer tant bien que mal, mais c’est rude de s’arrêter à chaud en plein effort et de remettre les gaz. J’aperçois un premier concurrent en train de pousser son vélo, puis un autre, puis un second… Je m’efforce de scorer un peu, histoire de rattraper du temps. Je chute vite fait, puis percute un arbre dans le single Freegold.
J’arrive sur le sentier de route, double 3 concurrents, puis coule dans le TECTEC. Je m’en sors bien, double un concurrent, puis retrouve un collègue que je connais bien. Il est embourbé, sa roue arrière bloquée. Il doit débourrer. Je suis confiant, je poursuis. C’est très difficile. Le terrain est défoncé, la boue colle. J’essaie de garder de la vitesse pour ne pas être embourbé. Je fais au mieux. C’est glissant, les racines et les roches sont recouvertes de boue. Je rattrape un concurrent en difficulté. Il me laisse passer sans rechigner. Ouf, c’est bientôt la fin.
Il faut relancer sur la route avant d’arriver dans la forêt « bikepark ». Je suis content, je roule vite et bien. Je ne glisse pas, j’ai un bon feeling. La nouvelle portion est top, le grip est bon. Je rattrape un concurrent. Je suis quand même fatigué, ça me demande beaucoup d’efforts. Le sol est spongieux, glissant, et draine mon énergie.
Arrivé dans la portion de route, j’aperçois 3 concurrents en peine, que je double sans difficulté. Puis je bombarde aussi bien que je peux. Je suis étonné : je ne rencontre personne. Le brouillard est là, il fait frais. J’aperçois un concurrent au loin. Il pédale plutôt bien. Je redouble d’efforts pour le doubler. C’est Antoine Taillefer, qui me fera une belle dédicace et immortalisera mon dépassement sur sa vidéo YouTube.
J’arrive enfin dans les cannes. C’est rapide, glissant, fuyant. Je m’accroche, manque un peu de lucidité. Toujours personne ? C’est la lose. Ils sont tous si rapides que ça ? On tente de ne pas trop toucher au frein. Je suis limite, mais ça passe. J’arrive au niveau du parapente, chute dans un virage, me relève, puis traverse la route. Un concurrent me double, un jeune. Je ne sais pas d’où il sort, car je ne me souviens pas l’avoir doublé. C’est bizarre. Nous nous tirons la bourre. Il me lâchera en bas des cannes, après la grande portion de descente. Le pédalage n’était pas son fort.
Je poursuis ma route, aperçois en bas des concurrents. Je pédale au max pour ne pas être gêné pour la suite. Je double 2 personnes sur la route. J’arrive sur le début de la descente du pierrier. Physiquement, j’ai un regain d’énergie. Je suis content, c’est bientôt la fin.
Tout est glissant, c’est juste horrible. J’ai peur de crever, mais ce n’est pas grave : on est là pour ça, pour casser du matos et finir sans regret. Je double un rider en difficulté, puis continue. J’aperçois ensuite un concurrent qui, en entendant le bruit de mon vélo, se remet à pédaler. Il m’aura poliment demandé si je voulais passer. « Non, ça ira. » In fine, j’ai eu raison : sur la fin, il aura été un peu plus rapide que moi, et je l’aurais gêné. À chacun son style.
Je terminerai dans sa roue, juste avant le SAS.
36e. au scratch. Moins bien que l’an dernier. Tant pis. Les aléas mécaniques font partie du sport. Sans regret.
C’était ma dernière participation à la Megavalanche de La Réunion. Pourquoi la dernière, car je l’ai enchainé 4 années de suite et j’ai envie de faire « autre chose, une autre course » genre epic enduro, trans madeira BC race…J’ai commencé les méga en 2005 car c’était THE event vélo à la réunion avec la Maxi Cap Ouest. Je venais du monde du XC et je commençais la DH donc pour moi c’était un idéal.
2005 (sc bullit) p54,
2006 (sc bullit) p32
2007(sc bullit) abandon crevaison dans les laves
2008 (sc bullit) p27, combo avec Huez p64
2009 (sc bullit), p53,
2011 (sc nomad mk2) p18
2012 (sc nomad mk2) abandon (crevaison)
2015 (yeti sb6c) p28
2016 (yeti sb6c) p19 et p57 à Huez,
2022 (yeti sb100 ) abandon (casse cadre)
2023 (yeti sb6c) p46
2024 (banshee titan) p21
2025 (banshee titan) p36 Huez (abandon)
Je n’ai jamais été un « bon » c’est une course qui m’a toujours fait rêver car elle incarne tout ce que j’aime dans le vélo, le dépassement de soi, le gout de l’effort, c’est aussi une course qui sollicite le corps et le matériel avec des singles coriaces. C’est sans doute mes plus beaux souvenirs en VTT et c’est ce qui compte !
Valére
