L’Étape du Tour 2026
Le Bourg-d’Oisans › Alpe d’Huez
170 km
5 400 m D+
Trois récits passionnants des cyclos du Club Cycliste Briissois (CCB) : PJ, Sylvain et Luc.
Le récit de PJ
Dès les premières infos dévoilées dans le courant de l’été 2025 sur le parcours possible de l’étape du tour 2026, je me suis dit que ce n’était pas pour moi : menu bien trop copieux, surtout après avoir fait l’étape du tour 2022 qui traversait les mêmes massifs et que j’avais terminée complètement rincé… Quelques semaines plus tard me voilà donc inscrit pour cette édition 2026, étant tombé dans le panneau des messages WhatsApp des copains du style « ce serait vraiment cool qu’on la fasse ». Bref, « y’a plus qu’à borner » !
Bon, maintenant que j’étais inscrit, c’était hors de question de ne pas finir d’une part, mais surtout, je voulais arriver en bonne forme le jour J pour ne pas être uniquement dans la gestion de l’effort pure (comme en 2022), et pouvoir me faire plaisir sans trop regarder le compteur… Il a donc fallu être régulier et un minimum investi sur la préparation hivernale, et passer beaucoup (trop) d’heures sur home-trainer…
Dimanche 19 juillet 2026
Levé à 5h00, pas besoin de réveil… Mélange entre excitation de se lancer dans l’aventure et appréhension face au menu du jour. J’ai quand même vraiment hâte d’y aller. Un petit check avec les potos du CCB, c’est parti ! Je suis SAS 11, les copains répartis entre le 8 et les 15 et 16. L’ambiance est bonne, le temps magnifique… Quelques discussions avec des cyclos pour faire passer l’attente, puis à 7h50 ça commence.
Fond de vallée tout plat, impeccable pour faire tourner les jambes. 10 km plus loin ça démarre vraiment avec le col de la Croix de Fer (plus de 25 km d’ascension avec des pourcentages parfois très raides). Forcément, il y a beaucoup de monde sur la route, ça ressemble à une longue transhumance, mais paradoxalement très peu de bruit dans la montée à part les craquements des transmissions…
La descente se fait prudemment. Quelques kilomètres plus bas nous serons arrêtés plusieurs minutes pour permettre l’évacuation de participants ayant fait une mauvaise chute. Une fois Saint-Jean-de-Maurienne atteint, je ravitaille puis j’enchaîne vers le Télégraphe et le Galibier.
Le Galibier devient vraiment très dur, pas mal de participants sont obligés de poser pied à terre, mais de mon côté c’est hors de question. Arrivé en haut non sans peine, j’ai la tête qui tourne à cause de l’altitude. Après la descente vers Mizoën, cap sur le col de Sarenne. Malgré la difficulté extrême et un bitume exigeant, les jambes tiennent et j’appuie jusqu’en haut où je retrouve mon pote Tom ! Une fois le col passé, un dernier « coup de cul » pour rejoindre l’Alpe et nous y voilà. Finito !
Le récit de Sylvain
Avec Steph, durant un apéro anodin, on se met à regarder le programme de l’Étape du Tour 2026. On s’était promis de ne plus recommencer ce truc, mais là, le profil est très alléchant avec ses cols mythiques : Croix de Fer, l’enchaînement Télégraphe-Galibier et l’Alpe d’Huez par Sarenne.
Il a suffi à Steph de faire sa petite moue pour qu’on prenne la décision de s’y inscrire. Et c’est quand l’inscription a été effective que les choses sérieuses ont commencé. Jamais je n’aurais fait autant de séances de Zwift, de gainage et d’étirement pour essayer, non pas de ne pas souffrir, mais de souffrir le moins possible durant l’Étape, qui promettait de ne pas nous faire de cadeau.
Et nous voilà partis pour Bourg-d’Oisans où Steph nous a dégoté un logement atypique, genre de colonie pour adultes. Le samedi, petite mise en jambes en se frappant le col d’Ornon, tranquillement. C’est beau, c’est paisible et on est presque seuls… Le lendemain, ça ne sera pas la même histoire.
Le jour J : Avec Steph, on était censés partir sas 11 mais on décide de partir en même temps que Luc et Victor. Ça nous fait gagner un peu plus de sommeil… Luc est dans le sas 16 et Victor dans le sas 14. On se greffe à lui.
Le départ est donné pour nous. Les 10 premières bornes se font dans la vallée avant d’attaquer la Croix de Fer. Steph met du rythme mais, blottis dans les roues, on ne consomme pas trop de jus. Malgré cela, on perd Victor avant le pied.
La Croix de Fer : C’est 27 km depuis le barrage du Verney, avec une pente moyenne à 4,7 %. Ça paraît simple sur le papier, mais c’est un col très irrégulier et cette pente moyenne est très trompeuse, faussée par deux descentes. Dedans, on se sent bien. La longue file ininterrompue de cyclos nous motive. On ne dépasse pas le « plan Watts », ou très peu. Steph joue le métronome. On se fait rattraper par Victor, puis on le perd à nouveau. La Croix de Fer est passée avec 206 W de moyenne et en 2 h.
On bascule plutôt frais vers Saint-Sorlin. La première partie de la descente est exceptionnelle avec ses nombreux lacets. Après St-Sorlin, c’est un peu moins fun et plus irrégulier, avec quelques côtes qui pètent bien les jambes.
Dans la vallée de la Maurienne, Steph prend à nouveau la barre et, calé à ses Watts, remonte un à un les paquets. Moi, bien au chaud dans sa roue, je contemple les cyclos qui s’agglutinent de plus en plus derrière nous. Un Anglais vient à mon niveau et, en parlant de Steph, me dit : « It’s a good wheel to follow. » Ce à quoi je lui ai répondu : « Yes! But his wheel is my wheel. »
L’enchaînement Télégraphe-Galibier : (Télégraphe : 12 km à 7 % ; Galibier : 18 km à 7 %) À ce train-là, on arrive vite à St-Michel-de-Maurienne, au pied du Télégraphe. On recroise Victor qui arrive au ravito au moment où on en part. Dans le Télégraphe, je commence à bien sentir la fatigue. La chaleur et les bornes commencent à faire leur travail de sape, mais Steph me motive, toujours très régulier, et grâce à ça, on bascule vers Valloire en ayant respecté le contrat : 211 W de moyenne et 1 h.
Après une courte descente, on arrive vite à Valloire et donc au pied du Galibier. La sortie des Verneys est toujours aussi difficile, mais suivie d’une partie plus roulante jusqu’à Plan Lachat. Ça ne m’empêche pas de commencer à bien souffrir. J’essaye de positiver, mais le « bad mood » me gagne, surtout que je sais ce qui m’attend après ce fameux virage de Plan Lachat… C’est 8 km à plus de 2 000 m d’altitude, où la pente ne descend que bien trop rarement sous les 9 %. Malgré tout, j’arrive à passer ce gros morceau, mais non sans mal, en souffrant comme rarement de l’altitude : souffle court, tête qui tourne. Plus assez lucide pour profiter de cette superbe descente jusqu’au pied du col de Sarenne. J’aurai mis 1 h 40 à 180 W de moyenne.
Dans cette descente, impossible de garder la roue de Steph qui, lui, prend les roues d’un couple qui va bien trop vite pour moi. Je me fais ballotter par les bourrasques de vent, en ayant le plus grand mal à relancer. Je retrouve Steph avant le pied de Sarenne. Il m’aura pris plus de 5 minutes dans la descente… Énorme.
Sarenne : (13 km à 7,5 %) On arrive au pied de Sarenne où une grosse foule cache le virage à droite qui nous fait passer de la descente aux premiers kilomètres du col. Et là, gros coup au moral. Devant nous, une rampe raide, suivie d’une autre… bien trop raide. Steph me remotive, m’encourage et, tant bien que mal, je réussis à passer ces raidards et à atteindre des pentes plus « gentilles » qui nous mènent au ravito. Là, je dis à Steph de prendre son rythme. Je le vois partir pour ne le revoir qu’à l’arrivée.
Les 3 derniers kilomètres du col sont comme le début… super difficiles. Je ne compte plus le nombre de personnes à pied qui poussent leur vélo pour rejoindre le sommet. J’y arrive enfin, non sans une émotion intense ! Le dernier col est passé en 1 h 30 pour 175 W de moyenne…
Mais ce n’est pas encore fini. Pour rejoindre l’Alpe d’Huez, il nous faudra affronter une descente très cahotique, mais aussi deux petites bosses pas dures, mais hyper démoralisantes. À la fin de la deuxième, poussé par la foule qui nous encourage, j’entrevois l’Alpe d’Huez et franchis enfin la ligne d’arrivée.
Comme d’habitude, Steph m’attend après la ligne, avec sa belle médaille autour du cou. Je l’ai aussi, cette médaille de finisher et, comme d’habitude aussi, je tombe dans ses bras en versant ma petite larme.
Ce fut à la fois l’un des plus difficiles défis, mais aussi l’un des plus beaux que j’ai pu réaliser, accompagné par Steph qui m’a permis à nouveau de me surpasser.
Merci mon ami, et merci aussi à Victor, PJ, Luc et Valère d’avoir partagé ces moments si précieux en votre compagnie.
Prochain défi : la revanche du Tour des Flandres !
Le récit de Luc
L’organisation avait prévenu, cette année cette étape allait être la plus dure depuis la création des cette épreuve.
Cette étape démarre du Bourg D’OISANS, passe par le Col de la croix de fer (2 067 m, 24km à 5,2%), puis le col du télégraphe (1 566m, 11,9 km à 7,1%), puis le col du Galibier (2 642 m, 17,7 km à 6,9%), puis le col de Sarenne ( 1 999 m, 12, 8 km à 7, 3%) pour enfin arriver à l’ALPE D’HUEZ ( 1 850 m)
C’était une grande première pour ma part, je n’ai pas beaucoup d’expérience en montagne et ne raffole pas des dénivelés importants. Je me suis laissé convaincre par l’enthousiasme des copains qui avaient déjà vécu l’expérience de l’étape du tour. J’ai pu bénéficier de leurs conseils ainsi que de leur maîtrise de l’organisation de ce type de weekend (déplacement, gite, visite du village de l’étape du tour, récupération des dossards, une sortie vélo d’acclimatation avant le grand jours.
Ce n’était vraiment pas gagné de mon côté avec une préparation légère, en tout beaucoup moins sérieuse que les copains pour se terminer comme d’habitude au mental. J’ai trouvé tous les cols de montagne assez durs et il fallait que mon cerveau booste mon corps pour avancer.
Col de la Croix de Fer sans fin, col du Télégraphe avec la chaleur, déjà beaucoup de cyclistes à l’arrêt pour un coin d’ombre, on serre les dents et on avance direction le col du Galibier. Avec l’altitude et après avoir partagé avec les copains, cela nous a joué des tours. Nous avons tous eu un coup de moins bien, dans le Galibier. De mon côté, un sentiment de fébrilité, proche de l’évanouissement. A ce moment-là, on se dit que ca va être compliqué d’arriver au bout. Arrivé en haut au mental, la descente se fait à haute vitesse, mais beaucoup d’accidents et de ralentissements, l’épreuve a dû être stoppé suite à un crash en attente de l’hélicoptère.
C’est le col de Sarenne qui m’a tué, trop dur et plus de jus. Les limites étaient dépassés mais allé on avance, on est plus très loin de l’arrivé.
Objectif réussi en atteignant l’Alpes d’’Huez, conscient d’avoir vraiment repoussé mes limites
Ca c’est fait !
Luc
Merci à tous pour vos recits !



